
LE VOYAGE EN FRANCE
par benoit duteurtre
"il aurait pu suivre l´itinéraire touristique, visiter les musées, boire des verres de vin blanc au Quartier latin, mais il n´arrivait pas comme un visiteur ordinaire. Guidé par son amour de l´esprit français, il revait d´atteindre le coeur vivant de cette ville..."
"après le petit déjeuner, il s´aventurait dans les rues, les jardins, les places publiques. Au début, son regard était enchanté par l´harmonieuse proportion des édifices, la subtile diversité de ces murs chargés d´histoire. Puis l´histoire finit par lui sembler envahissante. Partout des plaques de marbres rappelait l´existance de pesonnages célèbres. Devant les vitrines...des ouvriers plantait dans le sol des panneaux d´information indiquant tous les sites importants du quartier: musées, squares, services, municipaux...
La ville où David voulait se perdre s´apparentait plutot à un itinéraire balisé..."
"L´europeen d´ajourd´hui vit dans cette espèce de schizophrénie. Il grandit dans un décor chargé de souvenirs. Il reve d´etre à la fois d´hier et d´ajourd´hui. Il piétine sous les ombres de son passé, tout en cherchant ses modèles dans un nouveau style mondial, très banal, qui se répand comme un champignon sur les ruines."
"La nurriture est bonne, le service excellent. Les etres qu´on rencontre paraissent intelligents, sensibles, cultivés. Les discussions durent parfois tard après le diner. Mais toujours le bon vin, les jus de fruits, les drogues douces nous assurent des nuits délicieuses. Nous nous couchons au petit matin, dans les bras que nous choisissons. L´après-midi, nous rebondissons de nuage en nuage ...On pleure, on se réjouit, on se rappelle des souvenirs, on se dit qu´enfin tout est possible. On se sent à la fois enfant, adulte, vieillard, et ces sensations conjuguées nous donnent une idée de la plénitude.
Le sentiment de l´eternité, au début, me faisait peur. Je craignais de m´ennuyer, comme ces rentiers terrestres qui noient leur manque d´imagination dans l´alcool. Mais ici l´alcool ne tue pas, ne blesse pas, ne défigure pas, ne donne pas de migraines. Tous les substances s´écoulent comme des stimulants et, du matin au soir, un seul but nous occupe: le plaisir..."
de retour à New York "il se dit que le monde qu´il aime a peut-etre disparu depuis longtemps: ce monde des villes et des campagnes, des voyages et du temps perdu, ce cheminement de l´árt, découvrant des façons nouvelles d´enchanter. Tout cela s´est perdu dans une modernité plus sommaire, occupée principalement de rationaliser, de rentabiliser, de produire et de reproduire."